lundi 25 mars 2013

Francofonia 2013



"Le Français, ce sont les grandes orgues, qui se prêtent à tous les timbres, à tous les effets, de la douceur la plus suave, aux fulgurances de l'orage."
                                                                                      Leopold Sédar Senghor, Ethiopiques.

              La semaine du 20 mars, au Costa Rica comme dans le reste du monde, se célèbrait la fête internationale de la francophonie.
Mais la francophonie, qu'est ce que c'est ? Certainement parfois un peu tout et rien en même temps...
Certains la voient comme un espace où se parle le français, d'autre la considèrent comme les vestiges de la colonisation ou  un ensemble de stéréotypes sur la France et ses voisins, d'autres y voient un moyen de promouvoir différentes cultures à travers une langue qui s'exporte.

             Toutes ces définitions sont plus ou moins valables, mais comme je l’écrivais en septembre, il est selon moi plus facile de se rendre compte de ce qu'est la francophonie lorsqu'on la fait vivre ou qu'on prend part à des événements qui y sont en lien (notamment à l’étranger).
A partir de tout ce que j'ai pu voir et observer durant cette semaine très chargée (que ce soit en ville ou dans les écoles) je dirais donc que pour moi la francophonie est un moment de réunion et de célébration autour de la langue française, des différentes populations parlent cette langue, des cultures et de la Culture qui y est rattachée.



            Célébrer la francophonie c'est donc célébrer une langue, mais c'est aussi partager des valeurs qui sont universelles. C'est donc dans cette optique que les écoles Republica Francesa et Teran Valls étaient en fête et le moins que l'on puisse dire c'est que les écoles du projet bilingue ont sorti le grand jeu.
            Dans chaque école, la fête de la francophonie fut le produit d'un projet de longue haleine, mis en route depuis la rentrée des classes. Professeurs, élèves et parents d’élèves ont travaillé d'arrache-pied pour promouvoir la culture francophone de manière ludique, esthétique et informative.

          Les bandes dessinées

        L’équipe pédagogique de Concepcion de Tres Rios a choisi de la célébrer à travers les bandes dessinées et dessins animés. D'asterix, à Kirikou (France) en passant par Tintin, les Schtroumpfs (Belgique) ou encore Caillou (personnage québecois) tous étaient présents pour parler de leur histoire, les mettre en scène et tout cela bien sur en français !













             Au delà de la bande dessinée, des expositions sur les monuments français, sur les pays francophones moins connus des élèves costariciens (notamment en Afrique et Asie), sur les artistes francophones ou encore des recettes de cuisine... Chaque détour dans l'école se voulait donc un moyen aux élèves des classes bilingues de présenter leurs travaux, et d'en informer leurs camarades d'écoles non francophones.
               Chaque enseignant se voulait porteur d'un projet de classe que les enfants se sont totalement appropriés. La journée s'est terminée autour d'un café croissant dans le café restaurant crée pour l'occasion.


Les schtroupmfs ou los pitufos en espagnol
















L'occasion pour les élèves de pratiquer leur français
Les origines du croissant.




































        

 Le village de la francophonie  

           Du coté de Cartago, l'école Republica francesa s'est transformée le temps d'une journée en village français. Tout y était... cinéma, restaurant, parc, cirque, boutique, cabaret... même un défilé de mode et un opéra !

          Une nuance et non des moindres... tous les décors, des affiches aux fleurs du parc, en passant par les jeux proposés ou encore les costumes des enfants, tout ou presque était réalisé en matériel recyclé. Le cinéma lui même diffusait des courts métrages environnementaux sur lesquels les élèves étaient amenés à débattre.
         Nous savons qu'au Costa Rica une attention particulière est donnée aux activités en lien avec l'environnement, mais réaliser un projet d'une telle ampleur avec ce fil rouge de la réutilisation d'objet usés  relève de la prouesse.

Atelier fleurs plastique.

 

         Chaque classe s’était attribuée un endroit symbolique du village : les 2ndo grado ont par exemple décidé de faire un défilé de mode : " l’écologie n'est pas une mode mais la mode peut être écologique" lisait t'on sur le carton d'invitation. Sur fond de tour Eiffel, on a ainsi pu voir des robes ou parapluies en papier journal, vestes et lunettes en carton, ou encore chaussures en papier tressé.





             
 Les préscolaires ont recréé un parc récreatif-educatif à partir de bouteilles plastiques et briques de jus d'orange... memory, jeu l'arbre des déchets... faire du nouveau avec de l'ancien et que cela rentre dans une démarche éducative qui a du sens pour l’élève, cela parait simple comme cela mais quel travail en amont.





           Pendant plusieurs heures nous avons donc pris plaisir à se rendre au "café des rêves" pour un café croissant, assister à l’opéra Carmen de Bizet, voir un French cancan au Moulin Rouge, magicien et dompteurs au cirque ou même acheter un billet de train pour Paris.


Le moulin rouge
Pausita al café de los suenos











Carmen

Ida y vuelta para Paris !




       





         

            Par ailleurs l’élève était au centre de chaque activité, chacun a joué un rôle : de la présentation et animation des activités proposées, à des interprétations plus théâtrales, jusqu’à la gestion des débats au cinéma : aucun enfant de coté. L’équipe pédagogique gère la logistique, les élevés font vivre le village. Il arrive souvent qu'un projet soit porté à bout de bras par le professeur, ce qui fait d'ailleurs souvent perdre le sens même du projet, ici c'est bien l'ensemble des élèves qui avait le premier rôle.


l'eco-cinema, un lieu de débats.
       
         








            Rajoutez un investissement énorme des parents d’élèves et leur soucis du détail, une organisation sans faute, une bonne dose d'imagination, et nous sortons de cette journée avec l'impression d'avoir vu quelque chose de grand, un événement autour duquel toute communauté éducative s'est retrouvée, pour la célébration de la langue et de la Culture française dans une perspective écologique. (plus de photos dans la galerie).

Merci aux professeurs, élèves, et parents des deux écoles pour avoir rendu cette semaine de la francophonie aussi riche et diversifiée. La barre est placée haute pour 2014 !




dimanche 24 mars 2013

La grande école

                   
                  Les préscolaires ont troqué leur uniforme bleu contre la chemise blanche, d'autres élèves pleurent, certains professeurs courent et parmi eux de nouveaux visages. Casiers  vides, murs vierges, sacs de matériel pédagogique entassés dans les coins. Pas de doutes le mois de févier fut bien celui de la rentrée et au programme une année bien  chargée !
                  
                    Pour les enseignants des sections bilingues, l'année scolaire aura débuté par une formation à l’université. Parmi les thématiques abordées, une réflexion sur l'apprentissage des mathématiques et des situations problèmes, une séquence sur la pédagogie par compétence dont tente de s'inspirer les nouveaux programmes de français costariciens ou encore des modules sur l’élaboration d'une charte de vie commune au classes du projet ainsi qu'une analyse des résultats aux différents diplômes de français passées par les élèves costariciens.
                    Grâce à la présence des enseignants d'espagnol, cette formation aura permis lentement mais surement d’élaborer les bonnes bases d'une année tant dans la communication entre qu'équipe qu'avec les élèves.

                    Les semaines qui ont suivis ont été celles de la mise en route : si certains professeurs suivent la même classe durant plusieurs années, d'autres récupèrent un nouveau niveau, d'autres encore découvrent pour la première fois l'enseignement.
                   Dans mon cas au revoir la maternelle, bonjour le CP. C'est donc avec plaisir que j'ai retrouvé les mêmes élèves que l'an dernier du coté élémentaire cette fois répartis dans quatre classes de primer grado : les 1.1 et 1.2 d'Ingrid de la Republica Francesa et les 1.4 et 1.5 de Carmen de l'école Teran Valls.


           

                 Jusque début mars les élèves ont été évalués sur leurs acquis de maternelle, ils se sont aussi habitués à la "grande école". Il existe en effet un certain fossé entre la maternelle (travaux de groupes par ateliers, matériel adapté, nombreux regroupements, élèves en interaction entre eux, jeu libre), et le primer grado où durant les premières semaines, l’élève est la plupart du temps assis et mis en situation frontale avec l'enseignant... On peut donc comprendre pourquoi il est difficile pour un élève de CP de rester concentré plusieurs heures durant. Des difficultés d'adaptation qui sont pour moi dues à un certain manque de continuité entre maternelle et élémentaire. Ce fonctionnement différent permet de constater le bien fondé d'une organisation des enseignements par cycles d'apprentissage intégrant la maternelle tel qu'il peut être pratiqué en France.



                 Rajoutez à cela des journée des plus longues, l’alternance matin/après midi des horaires selon les journées, ainsi qu'une répartition des moments de recréation et de repas déconcertante et vous comprendrez pourquoi les élèves de primer grado montrent certains signes de fatigue et pas mal de problèmes d'attention.
A l'ecole elementaire, une journée de classe est par exemple découpée en periode de 40 min séparées par 5 min de recréation. Ceci pendant 5 heures (soit selon moi le temps parfait pour sortir l’élève de l'activité sans pour autant lui permettre de réellement se défouler). Il arrive très souvent qu'une séance soit interrompue par le passage à la cantine, soit 20 min pour manger et retour direct en classe sans moment de pause ou de recréation pour digérer.
                   Les contraintes liées au respect de ces horaires sont pour moi l’élément le plus couteux en terme d'adaptation. Bien que cette organisation reste la seule possible permettant à tous les enfants d’être scolarisés et de vivre ensemble dans un espace assez restreint pour un nombre important d’élèves (ex le réfectoire a une capacité d’accueil de deux groupes pour une trentaine de classes dans l'école). Il me semble cependant aller  à l'encontre de certains besoins de l'enfant en terme de rythmes scolaires. On est donc encore loin des débats actuels en métropole sur les rythmes scolaires qui ont au moins le mérite d'exister.
Résonnance de la pluie sur les classes en taule, chaleur, gymnase situé à moins de cinq mètres, travaux aux alentours, bruit des élèves dans la salle de classe : les enseignants costariciens font preuve de philosophie et s'adaptent tant bien que mal.


Se tenir correctement pour écrire : patience et persévérance..


Si le passage à l’école élémentaire est donc parfois quelque peu difficile, les élèves évoluent ensuite de manière positive avec des enseignants qui rendent leurs classes autant que possible vivantes et interactives. 
La mise en place de plusieurs projets communs aux sections bilingues permet en effet de rentrer réellement dans les apprentissages.




Projets en cours pour l'année 2013 :

La fête de la francophonie 

"Le français est une chance !" A travers la découverte des bandes dessinées francophones ou la reconstruction d'un village à la française, ce premier projet d'ampleur de l'année aura eu un franc succès ( cf article francofonia 2013).

 


Guide bilingue éco-citoyen 

           Projet de grande ampleur qui intégrera toutes les classes du projet bilingue, des maternelles jusqu'au secondaire, et ce jusqu'au mois de juin. Comme son nom l'indique, il aura pour but de sensibiliser les élèves  et les communautés locales au développement durable.
Comment ? A travers l'acquisition de gestes simples pour la préservation de l'environnement, de débats et projets menées en classes liés à une thématique spécifique.

          Il comprendra aussi bien un test sur nos pratiques écocitoyennes, des citations d’élèves (représentations initiales), des articles sur la réalisation des projets en classe et les productions qui y correspondent ou encore un lexique sur les mots clés liés au développement durable.
Ex : la création d'une "ville idéale durable" par les maternelle de Cartago, ou la creation d'un espace de tri par les classes du 1er cycle (cp, ce1, ce2).  On y retrouvera donc des photos, illustrations, ainsi que des textes issus de recherches scientifique menés par les différents niveaux et classes sur les 6 thèmes prioritaires de l'éducation au développement durable (definis par le ministère de l’éducation nationale) que sont la biodiversité, l'eau, les déchets, les energies, l'alimentation et les solidarités.

          Difficile actuellement de dire à quoi ressemblera le produit fini "guide écocitoyen", il evoluera selon l'appropriation du projet par les élèves et leurs professeurs. Il sera dans un premier temps édité numériquement puis diffusé auprès des communes de San José, Cartago, Concepcion, mais aussi auprès de l'Institut Français d'Amérique Centrale, de l'Ambassade de France et de l'académie de Lille.
Quatre mois est un laps de temps très court et nous suivrons dans cuadernos de escuela l’évolution du projet et les activités en classes qui y sont liées.
Quelques exemples de sous thématiques :  foret tempérée et humide, de la France au Costa rica : des écosystèmes en danger / Comment réduire ma consommation d'eau ? / Réduire mes déchets : la réutilisation / La solidarité internationale : des conditions différentes pour tous.

Dans sa conception, ce projet se veut fédérateur et a pour objectifs généraux :
- Allier enseignement du français bilingue et éducation au développement durable.
- Développer une conscience éco-responsable chez les élèves et acquérir des pratiques qui y sont liées.
- Développer la pédagogie de projet interdisciplinaire dans les classes bilingues. 
- Rendre les élèves acteurs de leurs apprentissages : dans  la conception et réalisation du projet, mais aussi dans la communication et sensibilisation autour de celui ci. 
- Renforcer la coopération bilaterale France-Costa Rica à travers un produit commun.
- Diffusion de la langue française au Costa Rica et dans le reste de l'Amérique centrale.











 Le petit livre vert pour la terre, l'un des premier guide sur nos pratiques écocitoyennes. 
Fondation Nicolas Hulot.


mardi 4 décembre 2012

Cuando haremos comido la planeta...

        
           Alors qu'en France l'hiver pointe le bout de son nez, au Costa Rica, l’été arrive et avec lui les grandes vacances. L'année scolaire s’achève donc,  l'occasion de dresser un petit bilan de ce qui a été fait durant ces premières semaines dans les classes du projet bilingue.

            Comme je l'expliquais dans un précédent article, mon temps d'enseignement jusque fin novembre était réparti entre quatre classes de maternelle correspondant à la grande section en France.
Je suis donc intervenu une journée par semaine dans chacune des classes, pour y mettre en place des apprentissages visant l'acquisition de compétences de fin de maternelle des programmes costariciens.

           Bien qu'ayant une thématique transversale "propre" qu'est celle de l'environnement et du développement durable (dans laquelle se sont insérées toutes les activités mises en place), les apprentissages complétaient la progression construite par le maitre référent qui menait en parallèle ses propres projets de classe. 
            Par ailleurs, les apprentissages mis en place cherchaient à répondre aux besoins prioritaires qu'avaient fait émergé les observations et évaluations diagnostiques du mois de septembre, parmi eux :
- Favoriser l'expression orale, qu'elle soit en français ou en langue maternelle pour développer le langage oral et le vivre-ensemble.
 - Développer la conscience phonologique de l’élève pour un meilleur apprentissage de la lecture et de l’écriture en CP.
- Avancer vers la maitrise de l’écriture à travers des activités graphiques, séances d'écriture tatonnée et de dictée à l'adulte.

          Ainsi, à travers la lecture et une mise en réseaux d'albums de littérature de jeunesse ayant pour thématique l'influence de l'homme sur son milieu naturel.  Les élèves ont été amenés à travailler et réfléchir sur la compréhension de texte en français, l'expression orale, le lien entre l'oral et l’écrit,  la reconnaissance des formes et grandeurs ou la connaissance des nombres entiers entre autres...Dans la mesure du possible ils ont été appelés à s'exprimer, à justifier leur points de vue et à coopérer en vue d'une production commune.
         Les élèves ont également été mis en contacts avec de nombreux chants, rondes, comptines en français, ainsi que des activités physiques et d'expression corporelle.               





            Il est difficile de définir dans quelle mesure les apprentissages "fondamentaux" ont été menés en francais ou en espagnol. Si les lectures se sont faites en français ; les phases d'explicitation, de construction du sens l'ont été davantage en espagnol.
           La plupart des activités ayant pour objectif de développer le langage, qu'il soit ecrit ou oral,  l'important était de mettre en contact les deux langues pour que l’élève parviennent à transférer ses connaissances de l'une à l'autre. Le "tout français" ne serait que peu constructif dans la mesure ou dans cette langue les élèves ont une capacité de compréhension et d’expression réduite. De même, le "tout espagnol" n'aurait aucun sens pour un enseignement qui se veut bilingue.

          Par ailleurs les étapes pour acquérir une connaissance des nombres, des formes et grandeurs, ou le processus d'acquisition de la conscience phonologique ne change pas selon la langue utilisée. L'importance étant la maitrise du concept, les mots (français, espagnol ou anglais) ne sont ainsi que des "étiquettes" et des termes différents qui désignant un seul et même objet. Un élève qui parvient à découper un mot en syllabe peut le faire en espagnol comme en français car il s'agit du même processus d'apprentissage.
Exemples : - Pour le chiffre 5, qu'on le nomme cinq ou cinco ne change rien en sa qualité de chiffre 5. L'important est que l’élève sache le reconnaitre, le nommer, le placer dans une suite numérique et le dénombrer. De même qu'on nomme une figure cercle ou circulo, les mots désignent la même forme donc les mêmes propriétés géométriques. L'important est donc que l'élève reconnaisse d'abord cette figure et ses caractéristiques.
Ou encore un élève qui parvient à découper le mot "papillon" en 3 syllabes, saura faire la même action  avec son équivalent espagnol (découpage de "mariposa" en 4 syllabes). 
La priorité va donc au sens donné, à la maitrise du concept, plus qu'au mot qui y est rattaché.




Les activités et projets réalisés : 

Pendant un peu plus de deux mois, les quatre classes maternelles des sections bilingues ont  été mis en contact avec differents albums de littérature de jeunesse traitant de l'environnement et plus spécifiquement de l'influence de l'homme sur celui ci.

Ces albums ont été choisis pour la qualité de leurs images, leurs attraits esthétiques, mais aussi et surtout pour la clarté du message transmis et leur accessibilité par les élèves, ainsi que la possibilité de discussions et de débats qu'ils permettent, indépendamment de la langue utilisée pour les expliciter.

Quand nous aurons mangé la planète, Alain Serres, Silvia Bonanni, Editions rue du monde :







              Cet album permet de prendre conscience qu'à force de consommer de manière déraisonnée, les ressources naturelles s’épuisent et qu'un jour elles disparaitront. Il permet de faire émerger les nombreuses représentations des élèves sur ce thème tout en évitant e tomber dans une moralisation.
              Les illustrations de ce livre sont composées de collages faits à partir de papier de récupération, ce qui a permis un sensibilisation au recyclage auprès des differents classes. Les élèves ont ainsi pu constater que du "beau" peut être fait a partir de matériaux déjà utilisés.

          Après, s’être exprimés sur le contenu de l'album, les élèves ont donc été amenés à réfléchir sur d'autres ressources, ou espèces animales mises en péril par l'action de l'Homme. Devant trouver un moyen pour continuer à sensibiliser et transmettre le message des auteurs, ils ont décidé collectivement de réaliser une nouvelle page du libre.
          Chaque classe a donc réalisé une nouvelle page, les élèves ont choisi la thématique "environnementale", ont composé l'illustration, et produit le contenu écrit de chaque page par la dictée à l'adulte. Les élèves se seront exprimé à l'oral, auront écrit, dessiné, collé, trié, et comparé leurs productions. Autour de ce projet collectif interdisciplinaire se sont greffées les activités en ateliers.






Quand nous aurons écrasé le dernier insecte













 


            Les 4 classes ayant produit une page, celles ci ont été mises en commun dans chacune des classes et ces productions seront prochainement valorisées par une présentation du travail produit dans les différentes classes des écoles Terran Valls et Republica francesa.

 



Autres albums étudiés :

- Dans la foret du paresseux, Anouck Boisrobert, Louis Rigaud. Editions Héliums.


           Cet album traite de la déforestation et de ses conséquences sur la disparition des espèces. Il prend tout son sens ici, car la foret en question est une jungle telle qu'on en trouve au Costa Rica.

A travers des scènes interactives en 3 dimensions on y constate l'arrivée des machines, la fuite des animaux et des populations indigènes... Seul reste le paresseux caché et endormi dans son arbre qui ne se rend pas compte du chaos ambiant.
Très ludique, (le lecteur est sans cesse amené à chercher le paresseux caché dans la foret), cet album permet d’émettre des hypothèses sur les causes et conséquences de la déforestation, un comparatif entre faune et flore française et costaricienne,  de comprendre la nécessité de conserver des espaces protégés ainsi que la différence de temps entre déforestation et reboisement.


















Un nouveau monde, Muriel Kerba, ed. Gautier Languereau.



          De même que "quand nous aurons mangé la planète", Les pages du "nouveau monde" sont composé d'un mélange d'illustrations et collage de papiers de récupération.
          Il raconte l'histoire d'un homme quittant sa ville et sa region malade, trop polluée pour s'installer dans un espace vierge, une ile où domine une nature luxuriante. Sur cette ile paradisiaque il rencontre des populations indigènes, leur décrit sa ville et leur enseigne son mode de vie. Ceux ci fascinés par cette description, reproduisent le même processus : ils tailllent les arbres, construisent à bout de champs... lorsqu'il se rend compte de son influence et qu'il est trop tard, le personnage principal décide alors de retourner dans sa ville natale pour y changer les choses...
         Cette histoire si elle permet à l'élève de se rendre compte de ses possibilités d'actions sur son milieu, a également permis une première introduction et sensibilisation à la thématique des solidarités et à la construction de compétences écocitoyennes.


Voyage à poubelle plage, Elisabeth Brami, Bernard Jeunet, Seuil jeunesse. 



        
Réalisé à partir de photos de matériaux réellement retrouvés sur des plages, Voyage à poubelle plage est une approche avant tout poétique sur le thème des pollutions. Cet album qui sera travaillé en primer grado dès février permettra d'introduire un important travail sur le le tri de déchets et le recyclage.


Sensibilisation au tri collectif, Cartago.

         Voilà donc pour quelques exemples de travaux réalisés... Difficile de tout expliciter en quelques lignes mais  cela peut donner un premier aperçu de ce qui s'est fait durant ces quelques temps dans les écoles maternelles des sections bilingues. 
         Je tiens bien sur à remercier les directeurs des écoles et notamment Andrea pour m'avoir ouvert leur porte. Mais aussi et surtout les professeurs Sofia, Sonia, Estibaliz et Roy, pour m'avoir aussi facilement accepté dans leur classe et m'y etre fait sentir comme chez moi. Ce fut un plaisir d'échanger autant et d'évoluer avec tout leurs élèves que je retrouverai donc en 2013.
                                                                    Gracias, feliz navidad y les deseo buenas vacaciones !!



Con la transicion de Estibaliz, Escuela Terran Valls.









Roy y sus muchachos, Escuela Terran Valls.



Hacia el cielo, con los prescolares de Sonia y Sofia, escuela Republica Francesa.


lundi 3 décembre 2012

Diferencias culturales ?

            Parmi les nombreux objectifs du programme Jules Verne l'un d'eux est la connaissance des différents systèmes éducatifs européens et étrangers.
Chaque système éducatif est le reflet d'une culture différente, il n'existe donc pas deux systèmes éducatifs identiques. Les systèmes francais et costariciens n’échappent pas à la règle et bien qu'ils partagent de nombreuses valeurs communes ils se distinguent par d'autres points.

             Ces différences sont pour la plupart d'ordre culturel, et il ne s'agit pas donc pas de les juger ou d'en s'en faire un avis tranché... La France a par exemple de nombreuses choses à apprendre du système costaricien que ce soit à travers le dialogue et la participation de la communauté au sein de l'école, ou l’omniprésence d'une éducation au respect de l’environnement.
              A chaque contexte ses spécificités ainsi que leurs justifications. Voici cependant quelques différences qui peuvent surprendre un enseignant français en immersion dans le système éducatif costaricien.


Le fait religieux et le catholicisme : 
             A ce titre, le Costa Rica est un pays très latino-americain. Alors qu'en France la laicité est défendue comme une valeur fondatrice de la république et de son école. La religion est ici un des éléments central de l'éducation et sa présence est loin d'etre remise en cause.
            C'est ainsi que les élèves de maternelle commencent leur journée par la prière, (en francais pour le sections bilingues), les symboles religieux (vierge marie, croix, ou crèches et petits jésus en cette période de noël) sont très présents, la religion s'enseigne en tant que discipline obligatoire par un enseignant nommé par le Mep, l’école organise et récolte les dons de nourriture pour l’église, des chants et célébrations à la vierge sont également organisés par la direction des différentes écoles publiques. 

Célébration de la vierge, escuela Terran Valls
Pendant le séisme du 05/09/2012
















        



      
           La majeure partie de la population costaricienne étant catholique, ce fait religieux n'est donc pas contestable bien qu'il m'ait choqué et choquerait de nombreux enseignants français défendant la laïcité et considérant la religion comme appartenant au domaine privé.
          Étrange sensation donc que de voir toute une classe d'enfants de 6 ans bruler un cierge pour la sainte protectrice de la commune ; d'assister à un rassemblement et une prière commune en plein tremblement de terre; ou d'assister à une pièce de théâtre jouée par les enfants représentant l'arrivée des rois mages et la naissance de Jésus.

            Il ne s'agit pas ici de critiquer ou à un aucun moment de juger, cette présence du catholicisme a ici du sens pour tous : élèves, professeurs, directeurs ou inspecteurs.... Au Costa Rica et notamment dans des quartiers isolés ou villages, l’église reste un lieu social privilégié, un lieu de solidarité et d’échange pour les habitants d'un espace donné.

Teatro, los reyes magos.



La vision de l'élève : 
            Pour le Mep (Ministere de l'Education Publique costaricien), l'école et notamment l'école maternelle doit avant tout permettre le développement naturel de l’élève. L'enfant doit ainsi pouvoir s’éveiller librement et par le jeu, tout doit être mis en place pour que l'élève puisse s'exprimer et choisir ses activités.
Ces faits sont tout à fait justifiés : si l’école n'a pas pour fonction de socialiser les futurs citoyens et permettre leur développement personnel qui remplirait cette fonction ?
Cependant cette priorité donnée au "bien être" de l'enfant a aussi d'autres consequences : 

- Sur la discipline en classe :
Les élèves sont habitués à prendre la parole de manière spontanée, se lever ou sortir de classe sans permission. Il est souvent difficile d'avoir l'attention de tous, d'effectuer un regroupement silencieux car les élèves n'ont pas tant l'habitude d’être plongé dans un climat de travail et de respect mutuel de la prise de parole. Si ce "bazar" ambiant se veut culturel, les élèves sont par contre tout à fait capable de se concentrer sur une tache donnée.
Les textes officiels sont très axés sur l’intégrité morale et physique de l'élève...interdit donc pour l’enseignant, hausser la voix, ou de regarder insistement un enfant pour lui faire comprendre que son comportement n'a pas lieu d’être, ou encore moins de le toucher.
Ainsi, quelles règles permettent le développement et l’affirmation de l’élève en tant qu'individu sans en perturber le fonctionnement d'un groupe ?
La question a été posée lors de la formation du mois d'octobre et une charte de règles de vie est en processus de construction pour les classes du projet bilingue.


- Les horaires et rythmes de vie :
L’élève ne se rend  à l’école qu'une demi journée (pour permettre à un autre groupe classe d'occuper l'espace lors de la deuxième demi-journée). Ce découpage, permettant à tous les élèves d’être scolarisé, n'est pas à contester, mais cela influe sur la capacité de concentration des élèves. Difficile pour un élève de 5 ans d’être toujours attentif à 10h du matin alors qu'il s'est levé à 5h30... de même pour le lendemain lorsque l’élève commence sa journée à 12h30...
Par ailleurs, durant la demi journée de classe, la priorité est donné aux besoins "physiques" de l’élève, c'est à dire les temps de jeu et de restauration.
Au Costa Rica, on s'interrompt en pleine classe pour manger à heure précise. Inutile donc d'inscrire dans les règles de vie "interdit de manger en classe", ce ne serait pas applicable.
Les élèves ramènent donc leur propre nourriture, ceux qui n'en ont pas sont servis par la cuisinière qui passe dans les classes. Les classes  élémentaires se rendent quant à elles au réfectoire. Il est donc commun de voir un élève manger des spaghettis à 9 heures du matin. Pas de demi pension comme en France donc, pour ce qui est du menu c'est le plus souvent riz et haricots rouges (frijoles), plat de base costaricien.
Après le repas il faut donc vite nettoyer les tables pour passer aux enseignements (chose qu'un enseignant français de maternelle doit également faire après la collation en maternelle).
> Il n'y a donc pas de temps calme après le repas car il s'agit d'un des seuls moment ou l'on a assez de temps pour mettre en place une réele séquence d'enseignement. 


Bon appétit
          
           Outre les temps de restauration, les temps de jeu dans les coins ("rincones") et de recréation sont également strictement définis. Le fait que l'espace commun soit assez réduit implique un respect de ces horaires car les classes se relaient dans les différents espaces (cours de recréation notamment). Les classes du projet bilingue, s'inspirant des programmes et d'une certaine pédagogie "à la francaise" tout en respectant les textes locaux, s'adaptent pour que l’élève évolue dans un équilibre entre l'école maternelle à la costaricienne (kindergarden) à la française (lieu de préparation des apprentissages fondamentaux).

           Par ailleurs, de nombreuses enquêtes sociales et dossiers sont réalisées et constitués pour mieux connaitre les élèves, leurs besoins, aspirations, leur climat social et familial, leur santé psychologique... si cela est intéressant dans la conception, il est cependant souvent difficile pour un enfant de 5 ans de répondre à ces questions d'ordre privé et cela empiète beaucoup sur le temps de préparation et d'enseignement du professeur.

Juego libre


Les symboles nationaux : 
          L’école doit transmettre les valeurs de la nation et de la republique, ceci en France comme au Costa Rica. Cependant, l'affirmation de l'identité nationale est d'autant plus forte au Costa Rica (cf article actos civicos).
          La plupart des événements culturels à l'école ou cérémonies débutent par l'hymne national (remise des prix, concert ou pièce de théâtre) et il serait vu comme irrespectueux de ne pas le chanter. De même lorsque la marseillaise résonne pour une activité en lien avec la France. En tant que "représentant" français, on comprendrait mal pourquoi je ne chante pas l'hymne, alors que cela serait tout à fait commun en métropole. Ces cérémonies (remise des prix, concert ou piece de théatre par exemple) sont très strucutrées et le protocole strictement defini.


Tous ces éléments varient bien sur d'une école ou d'une région à une autre et toute généralisation serait une erreur. Ces quelques différences sont par ailleurs normales, lorsqu'on compare l'histoire de chaque pays et de l’évolution de son système éducatif.